Le futur du web m'inquiète

Publié le 03/05/2013

Il fut un temps pas si lointain où créer un site web entrait dans une logique saine de construction de pages. Chaque contenu était bien défini et les applications étaient un jeu de question-réponses entre le client et le serveur. Je me souviens que le plus dur était de passer la validation xhtml et de ne pas passer par des tableaux pour toute la mise en page. HTML5 est arrivé et tout à coup, c’est comme si tout le monde se foutait de l’accessibilité…

Avant que vous me pourrissiez en me disant que je suis anti “nouvelles technologies”, sachez que j’utilise avec plaisirs les dernières technologies du web, que ce soit les websockets, les canvas, les tags video et audio, le CSS3, et le HTML5. Mais mon analyse qui suit est une interrogation suite à quelques années de développement dans le Web. Je ne cherche en aucun cas à faire boycotter les technologies dont je vais parler. Je cherche simplement à donner matière à réflexion.

Revenons quelques années en arrière, voir même seulement quelques mois. Quand l’annonce de Adobe fait mouche auprès de la communauté des développeurs de sites en spécifiant que leur technologie “Flash” n’allait plus être supportée sur Android (alors que Apple ne l’a jamais supporté), cela donnait du sourire à pas mal d’entre nous. Car si les deux monstres du web mobile ne supportent pas Flash, alors il est clair que cette technologie n’allait pas suivre longtemps sur les navigateurs de bureau. Pourquoi ? tout simplement parce qu’aujourd’hui les mobiles affichent le même site que celui que vous voyez sur votre ordinateur. Cela pose donc un problème si vous utilisez Flash sur votre site. Car un utilisateur visionnant votre site sur ton téléphone ou sa tablette allait avoir un sacré problème.

Flash, c’est la techno anti-accessibilité au possible. De vrais soucis pour le référencment… et j’en passe. Les derniers bastions de cette technologie reste la possibilité d’utiliser aisément la webcam et le micro. Seulement voilà… même sur ce terrain les navigateur modernes (donc tout sauf Internet Explorer) peuvent commencer à utiliser ce matériel via “getUserMedia”. Ce n’est donc pratiquement plus un problème.

Il y a donc quelques mois encore, l’un des problèmes majeurs du corps de métier du web était de faire un site viable, lisible, accessible.

Mais HTML5 approchait. Petit à petit j’ai vu des dizaines de sites utiliser cette technologie pour ne plus être un site, mais une application Web. Il y a une grande différence entre un site de contenu et une application web. L’un donne du contenu, l’autre vous fait interagir avec du contenu qui apparaît et disparaît selon vos actions.

La complexité de créer ce genre de site, le rendre accessible et surtout qu’il puisse être correctement référencé par les moteurs de recherche fait doubler voir tripler le temps de développement. Car si vous faites les choses correctement, il faut pour chaque actions de l’utilisateur qui donne du contenu via des requêtes HTTP javascript, permettre un affichage statique… imaginez un peu si vous n’y avez pas pensé dés le départ…

Il existe une méthodologie que je vous conseille d’utiliser: le “progressive enhancement” ou en français “Amélioration Progressive”. Cette technique consiste à créer votre page en éliminant un maximum de fioritures (Javascript, canvas…) puis quand votre page est correctement affichée, que les liens répondent de manière traditionnelle, vous ajoutez la couche interactive: les liens peuvent utiliser des requêtes XHR etc…

Ce qui m’inquiète, c’est que de plus en plus de site web se fichent de cela. Google Plus, que j’utilise à foison, ne fonctionne pas du tout avec les navigateurs type Uzbl. Et je sais que beaucoup de non voyant n’on pas accès à ce genre de site de part le fait que les navigateur Braille n’arrive pas à afficher les contenus.

Mettre le Web et ses services à la disposition de tous les individus, quel que soit leur matériel ou logiciel, leur infrastructure réseau, leur langue maternelle, leur culture, leur localisation géographique ou leurs aptitudes physiques ou mentales.

–Tim Berners-Lee, Inventeur de l’internet

Une chose est vraie, je pense aussi que nous ne devons pas limiter la technologie pour qu’elle soit accessible, mais plutôt faire évoluer l’accessibilité (ses outils et ses intégrations) pour que tout le monde puisse en profiter.

Alors quel avenir pour le Web ? Allons nous perdre ces règles que nous chérissions il y a peu de temps ? N’allons nous pas trop loin avec nos navigateurs ? Nous sommes en train de passer sur du “tout web”, pratiquement toutes les applications que nous utilisions en “client lourd” deviennent des application web… nos mails, édition de document, visio conférence, édition de vidéo… notre navigateur internet devient notre bureau. C’était d’ailleurs l’un des paris de Google avec ChomeOS. Un webstore propose des jeux, des outils, des applications bureautique qui tournent toutes dans le navigateur.

Le WebGL apporte en plus la partie accélération 3D, ce qui fait qu’aujourd’hui le navigateur est capable de faire absolument tout ce qu’un gestionnaire de fenêtre peut faire. Et même si je suis franchement impressionné par la puissance de Chrome, de Firefox ou de Opera, je n’en reste pas moins inquiet pour nos technologies de bureau… et je vous avoues que j’ai peur de voir disparaître beaucoup d’applications client lourd et les voir se transformer en applications Web, ouvrant ainsi la porte à des failles de sécurité et des inaccessibilités grandissante. Il suffira que le site qui propose l’application soit indisponible, et vous voilà dans le brouillard.

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